Le retour du dealmaking : les banques d’investissement profitent du rebond des IPO et des fusions-acquisitions
- il y a 4 jours
- 4 min de lecture
Les grandes banques d’investissement comme Goldman Sachs, Morgan Stanley et JPMorgan Chase enregistrent un rebond notable de leurs revenus liés aux activités des banques d’investissement. Après un ralentissement marqué entre 2022 et 2023, les activités de conseil et d’émission de titres retrouvent leur dynamisme.
Cette reprise s’explique principalement par le redémarrage des introductions en bourse (IPO) et des fusions-acquisitions (M&A), deux moteurs clés du secteur. Le contexte macroéconomique s’est en effet amélioré, avec une stabilisation de l’inflation et des attentes de politiques monétaires plus ancrées de la part de la Réserve Fédéral américaine.
Selon McKinsey & Company, ce regain d’activité reflète en partie un effet de rattrapage, de nombreuses transactions mises en pause durant la période d’incertitude sont aujourd’hui relancées. Bien que la reprise soit particulièrement marquée aux États-Unis, elle s’observe également dans les autres grands marchés financiers.
Après trois années d'atonie marquées par la volatilité des marchés et la hausse des taux directeurs, le marché des introductions en bourse connaît un redressement structurel significatif depuis 2024. Le marché américain des IPO a enregistré 216 transactions complétées en 2025, contre 176 en 2024 et un creux de seulement 90 en 2022, les produits totaux levés atteignant 47,4 milliards de dollars. À l'échelle mondiale, les produits des IPO ont bondi de 39 %, signe d'une tendance vers des opérations de plus grande envergure et de meilleure qualité.
Ce rebond s'est accompagné du retour en force des grandes entreprises technologiques et des startups financées par capital-risque, qui avaient mis leurs projets de cotation en pause depuis 2022. Au moins 23 sociétés américaines valorisées à plus d'un milliard de dollars se sont cotées en 2025, contre seulement neuf en 2024, avec des valorisations cumulées au prix d'IPO dépassant les 125 milliards de dollars, soit plus du double par rapport à l'année précédente. Parmi les opérations les plus emblématiques, Medline a levé 6,3 milliards de dollars, la plus grande introduction en bourse depuis 2021, tandis que la néo-banque Chime Financial a fait ses débuts avec une capitalisation de 12,5 milliards de dollars, signalant le retour des fintechs sur les marchés publics. Cet appétit retrouvé des investisseurs a notamment été alimenté par un fort intérêt pour l'intelligence artificielle et les actifs numériques, qui ont dominé l'activité d'émission au cours du second semestre.
Si l'enthousiasme est indéniable, le marché s'est néanmoins transformé. Les investisseurs, échaudés par les déboires de 2021, se montrent désormais plus sélectifs et exigent des fondamentaux solides, une trajectoire claire vers la rentabilité et une maturité opérationnelle avérée. Comme le souligne Karim Anani, responsable mondial des IPO chez EY : "L'activité de 2025 a témoigné d'un retour de confiance dans les marchés d'introduction en bourse, dans un environnement sélectif et dynamique, où les investisseurs ont privilégié les entreprises dotées d'une taille, d'une clarté et d'une résilience suffisantes."
Le marché des fusions-acquisitions illustre avec encore plus d'éclat l'ampleur du nouveau cycle de dealmaking amorcé depuis 2024. Selon Bain & Company, la valeur mondiale des transactions de fusions-acquisitions a atteint 4 800 milliards de dollars en 2025, soit le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré, en hausse de 36 % par rapport à 2024. Aux États-Unis, le volume des transactions a culminé à environ 2 300 milliards de dollars, en hausse de 49 %, avec quatre transactions dépassant les 40 milliards de dollars, contre aucune l'année précédente.
Ce cycle se distingue particulièrement par le retour des méga-transactions et une consolidation sectorielle prononcée. L'année 2025 a vu 63 transactions mondiales d'une valeur supérieure à 10 milliards de dollars être annoncées, dépassant ainsi le précédent record annuel établi une décennie plus tôt. Le secteur technologique s'est imposé comme le principal moteur de cette vague, avec une hausse de 77 % des transactions M&A, portée notamment par le rachat de Wiz par Alphabet pour 32 milliards de dollars et l'acquisition de CyberArk par Palo Alto Networks pour 25 milliards, dans un contexte où près de la moitié des grandes transactions technologiques impliquaient des actifs liés à l'intelligence artificielle. Les secteurs des services financiers, de l'énergie et de la santé ont également connu des vagues de consolidation significatives.
Plusieurs dynamiques structurelles expliquent ce rebond. La convergence des acheteurs et des vendeurs autour de valorisations acceptables, après des années de désaccord sur les prix, a débloqué un grand nombre de transactions en suspens. Le capital-investissement a également joué un rôle déterminant, avec une progression de 31 % de la valeur des transactions des investisseurs financiers, les fonds de private equity déployant activement leurs importantes réserves de capitaux non investis. Comme le résume Suzanne Kumar, vice-présidente exécutive de la pratique M&A chez Bain & Company : "Les entreprises ressentent un besoin urgent de réorienter leur stratégie et, dans un contexte de conditions de marché améliorées, les acquéreurs stratégiques replacent les fusions-acquisitions au cœur de leur agenda de croissance."
En effet, la reprise du dealmaking repose sur plusieurs facteurs macroéconomiques. La stabilisation de l’inflation et des anticipations des taux de la Federal Reserve et de la European Central Bank ont contribué à améliorer les conditions de financement.
En parallèle, la hausse des marchés boursiers, notamment du S&P 500, a soutenu les valorisations, facilitant à la fois les IPO et les négociations en M&A. L’écart de prix entre acheteurs et vendeurs s’est ainsi réduit, débloquant plusieurs transactions.
Enfin, les entreprises et les fonds de capital-investissement disposent encore de liquidités importantes, ce qui alimente l’activité transactionnelle, en particulier dans les secteurs en transformation rapide comme la technologie.
En conclusion, les perspectives demeurent favorables pour les banques d’investissement, avec la possibilité d’un nouveau cycle de croissance. Si les conditions financières continuent de s’améliorer, les activités de M&A et de marchés de capitaux devraient rester soutenues pour des institutions comme Goldman Sachs et Morgan Stanley.
Cependant, la concurrence s’intensifie, notamment avec la montée des banques boutiques spécialisées en conseil. Cette pression pourrait affecter les marges sur les frais.
Des risques subsistent également, notamment liés à la volatilité des marchés et aux tensions géopolitiques. Ainsi, bien que le contexte soit porteur, la durabilité du rebond dépendra de l’évolution de l’environnement économique global.
Félix Coutu-McEvoy, Nicolas Nantel , Gabriel Houde


