Du choc géopolitique à l’inflation énergétique : comment l’escalade au Moyen-Orient redéfinit les prix du pétrole mondial et ce que cela signifie pour l’Amérique du Nord.
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L’escalade récente des tensions impliquant l’Iran et la réaction immédiate des marchés pétroliers mondiaux met en lumière l’interconnexion complexe entre les événements géopolitiques et l’économie mondiale, en particulier dans le secteur de l’énergie. Cet article examine comment l’instabilité dans le détroit d’Ormuz influence la prime de risque sur les marchés pétroliers, les mécanismes de transmission des chocs pétroliers vers les prix du gaz et l’inflation en général, les implications pour la sécurité énergétique des économies de l’OCDE et les conséquences stratégiques et économiques pour le Canada en tant qu’exportateur d’énergie.
La prime de risque sur les marchés pétroliers à la suite de l’instabilité dans le détroit d’Ormuz
Quelques semaines après l’attaque conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, le nouveau guide suprême du pays, Mojtaba Khamenei, a ordonné la fermeture du détroit d’Ormuz, un passage stratégique crucial pour le transport du pétrole et d’autres ressources énergétiques. Cette décision a fait grimper le prix du pétrole à 100 dollars par baril, soit une augmentation de 9,22 %. De plus, Khamenei a déclaré qu’il maintiendrait la fermeture du détroit d’Ormuz et que les attaques contre les bases américaines se poursuivraient, ce qui laisse présager une hausse continue des prix de l’essence.
Les mécanismes de transmission des chocs pétroliers vers les prix du gaz et l’inflation en général
Cette guerre ainsi que la fermeture du détroit d’Ormuz peuvent entrainer des effets économiques encore plus importants sur l’économie mondiale. En effet, une hausse du prix du pétrole se répercute généralement sur les prix du gaz et sur les coûts énergétiques. Comme nous l’avons constaté, les prix de l’essence ont augmenté drastiquement.
Une augmentation du prix du pétrole entraine des hausses dans les coûts de transport et de production. Ces coûts peuvent ensuite se répercuter sur les prix de consommation autres que l’essence, dont l’électricité et le transport. Par conséquent, les chocs dans le marché du pétrole peuvent entraîner une inflation plus générale.
Les implications pour la sécurité énergétique des économies de l’OCDE
Il est important de noter que ce détroit est responsable du transit de 20 % du pétrole mondial, et que la Chine et le Japon sont les plus touchés par cette fermeture. En effet, 10 % de la consommation de gaz du Japon provient de cette région, tandis que le Japon en dépend de 12 à 15 %. L’Europe est moyennement affectée, avec une consommation de 8 %, car son principal fournisseur est le Qatar. De plus, environ 70 % des exportations de pétrole et de gaz du Moyen-Orient sont destinées à l’Asie. Leur pétrole représente 15 % à 20 % de la consommation européenne, 45 % de celle de la Chine et 80 % de celle du Japon. Le Moyen-Orient représente 30 % de la production pétrolière mondiale et 17 % de celle de gaz naturel. Ces réserves représentent respectivement 48 % et 40 % de la production mondiale.
L’Iran, avec le Venezuela et l’Arabie saoudite, figure parmi les trois pays possédant les plus grandes réserves de pétrole au monde. Il détient la deuxième plus grande réserve mondiale après la Russie. Le pétrole et le gaz du Moyen-Orient sont particulièrement attrayants en raison de leurs coûts d’extraction faibles et de leur facilité de raffinage. Les coûts d’extraction se situent entre 3 et 10 USD par baril, comparativement à 40 à 60 USD par baril pour le pétrole schisteux américain. En somme, le pétrole iranien est l’un des moins chers à extraire.
Enfin, Greenpeace a annoncé que 85 grands pétroliers sont piégés dans le golfe persique. Ces pétroliers représentent des milliards de litres de pétrole. Ceci représente un grand danger écologique pour l’environnement social. Les navires sont frappés, ayant des conséquences néfastes sur la population et l’écosystème marin du golfe Persique.
Les conséquences stratégiques et économiques pour le Canada en tant qu’exportateur d’énergie
La fermeture du détroit d'Ormuz et la hausse du prix du pétrole à 100 dollars le baril place le Canada comme un acteur énergétique important et stratégique. Étant le quatrième producteur mondial de pétrole, le Canada extrait environ 5,13 millions de barils par jour. Près de 97 % de ces exportations sont destinées aux États-Unis. Dans un contexte où le ravitaillement au Moyen-Orient est perturbé, la proximité géographique et la bonne stabilité économique entre ces deux pays deviennent des avantages compétitifs importants pour le Canada. Les revenus pétroliers canadiens, représentant environ 5 % du PIB national, pourraient connaître une forte progression. Par ailleurs, le pétrole des sables bitumineux, bien que plus coûteux à extraire (environ US$ 42.70), redevient très rentable à ces niveaux de prix. Cette situation pourrait également rappeler les débats sur l'expansion des pipelines vers les côtes canadiennes, ce qui permettrait de diversifier les marchés d'exportation et de réduire la dépendance exclusive au marché américain.
Oil Sands Full Cycle Cost
Conclusion
Les tensions actuelles au Moyen-Orient illustrent à quel point les réseaux énergétiques mondiaux sont fragiles et peuvent rapidement déstabiliser les économies les plus développées. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel traversent 20% du pétrole mondial, amplifie les répercussions de l’inflation au-delà de seulement les marchés pétroliers. Même si certains pays exportateurs peuvent tirer bénéfice à court terme de la hausse des prix, les risques vis-à-vis de la croissance mondiale demeurent préoccupants. Face à cette réalité, les pays de l’OCDE n’ont d’autre choix que de diversifier leurs sources d'énergie et d'accélérer leur transition énergétique.
Coraly Leilah Duplessis, Sarah Ait Siselmi, Fatine Moumni





