À quand le bon moment pour un référendum?
- marchesglobauxhec
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Cette article est un texte d’opinion et n'est pas une représentation des opinions du comité des Marchés Globaux de HEC.
Avec une scène politique nationale qui se dirige vers un combat identitaire dans les années qui suivent, l’argument voulant qu’un tel débat soit risqué en période de tensions géopolitiques mérite d’être considéré. Est-ce vraiment le bon moment d’avoir un référendum alors que la baudruche orange et ces sbires commencent à enfler chez nos voisins du Sud?
Le Non et ses arguments infaillibles!
L’argument du Non demeure sensiblement inchangé depuis plus de 30 ans : il faudrait d’abord régler nos problèmes en santé, en éducation et en logement avant d’entreprendre tout débat politique identitaire. De toute façon, ce ne serait pas le moment de se poser ce genre de questions, et maintenant plus que jamais. Avec Donald Trump qui bouscule l’ensemble de la scène géopolitique mondiale, il faudrait un Canada fort et uni, capable de tenir tête aux pressions extérieures.
Le Oui et ses multiples pleurs…
Le camp du Oui soutient au contraire qu’il est plus que temps de faire ce pays. Selon lui, le Québec ne dispose d’aucune place réelle à la table des négociations internationales, et les priorités canadiennes, aussi légitimes soient-elles, ne correspondent pas nécessairement aux intérêts québécois. Rester dans le Canada serait en soi un choix politique aux conséquences bien réelles.
Toutefois, si l’on affirme qu’il n’était pas le temps d’avoir un référendum il y a 30 ou 45 ans, pourquoi ne serait-il toujours pas temps aujourd’hui? L’argument du « mauvais moment » semble traverser les décennies sans jamais perdre de sa force rhétorique. Or, l’histoire récente démontre que la majorité des États devenus souverains ne l’ont pas été dans des contextes idéaux, mais plutôt dans des périodes d’incertitude politique, économique ou géopolitique dans laquelle nous passons actuellement.
La Tchéquie et la Slovaquie : la séparation sans crise parfaite
Lorsque la Tchécoslovaquie se divise en 1993, ni la Tchéquie ni la Slovaquie ne traversent une période de stabilité parfaite. Les deux États font face à une transition économique majeure, au passage vers l’économie de marché et à la reconstruction d’institutions politiques encore jeunes après la chute du bloc soviétique. Rien n’indique alors que le moment soit « idéal ».
Pourtant, cette séparation, qualifiée de divorce de velours, se fait sans violence et mène à deux trajectoires économiques viables. Les deux pays connaissent une croissance soutenue, s’intègrent à l’Union européenne et maintiennent des relations bilatérales stables.
En effet, l’absence de crise n’est pas une condition nécessaire à la souveraineté, mais l’absence de préparation non plus. Ce cas démontre que lorsque les institutions sont solides et que le débat est démocratique, l’indépendance ne crée pas de problèmes supplémentaires, elle permet plutôt de gérer autrement ceux qui existent déjà.
Le Monténégro : l’indépendance malgré la fragilité
En 2006, le Monténégro devient indépendant de la Serbie dans un contexte tout sauf idéal. La région sort à peine de conflits armés, l’économie est fragile et l’environnement géopolitique demeure instable. Là encore, l’argument du « ce n’est pas le bon moment » aurait pu s’imposer.
Pourtant, l’indépendance du Monténégro se déroule pacifiquement, avec une reconnaissance internationale rapide. Le pays parvient à stabiliser ses institutions, à développer son économie, notamment par le tourisme, et à s’insérer progressivement dans les structures européennes.
En effet, la taille d’un État ou sa fragilité économique initiale ne sont pas des obstacles insurmontables. Ce qui importe, c’est la légitimité démocratique du processus et la capacité institutionnelle à assurer une transition ordonnée.
Le mythe du « bon moment »
Ces deux exemples mettent en lumière une constante : le « bon moment » est rarement évident au moment où il se présente. Dans les faits, attendre un contexte parfaitement stable revient souvent à repousser indéfiniment la question. Les États ne deviennent pas souverains parce que tout va bien, mais parce que les structures existantes ne répondent plus adéquatement aux aspirations politiques, économiques ou sociales d’une population.
Appliqué au Québec, cet enseignement soulève une question fondamentale : l’argument du mauvais moment est-il une analyse objective du contexte ou une stratégie politique destinée à éviter le débat? Si l’on attend que les tensions internationales disparaissent, que l’économie soit irréprochable et que les enjeux sociaux soient entièrement réglés, il est probable que le moment n’arrive jamais.
La véritable question n’est donc pas de savoir si le moment est parfait, mais si la société québécoise dispose aujourd’hui des outils démocratiques, institutionnels et économiques nécessaires pour trancher elle-même. L’histoire suggère que repousser éternellement ce choix au nom de l’incertitude n’élimine pas le risque, elle le reporte tout simplement.

