Un cessez-le-feu fragile entre Israël et le Hamas : espoir ou pause stratégique ?
- marchesglobauxhec
- 14 oct.
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Un accord historique après deux ans de conflit
Depuis jeudi, Israël et le Hamas ont conclu un accord de cessez-le-feu, première étape du plan de paix proposé par le président américain Donald Trump. Celui-ci présente ce plan comme une voie vers la création d’un État palestinien autonome, alors que la région vient de franchir le cap des deux ans depuis le déclenchement du conflit.
Le 7 octobre 2023, le mouvement islamiste du Hamas a mené une attaque armée contre le territoire israélien, causant la mort de plus d’un millier de civils. Durant cette offensive, quelques centaines de citoyens israéliens ont été pris en otage. Selon l’armée israélienne (Tsahal), 47 otages seraient toujours détenus. En réponse, le premier ministre Benjamin Netanyahu a lancé une vaste opération militaire contre la bande de Gaza. D’après plusieurs observateurs internationaux, cette contre-offensive a provoqué des dizaines de milliers de morts et entraîné une grave crise humanitaire.
Le plan Trump : entre diplomatie et calcul politique
À la fin de septembre, Donald Trump a présenté un plan de cessation des hostilités en vingt points, élaboré à la suite de plusieurs cycles de médiation. Celui-ci prévoit notamment un cessez-le-feu, le désarmement du Hamas et la libération des vingt otages israéliens restants en échange de la remise en liberté de presque deux mille prisonniers palestiniens détenus par Israël.
Accepté par les deux parties, avec l’intercession du Qatar comme médiateur, ce plan ouvre la voie à l’entrée de convois humanitaires dans la bande de Gaza et au retrait progressif des forces israéliennes, sous la supervision d’une force internationale. Soutenu par les États-Unis, l’accord s’inscrit dans un équilibre complexe d’intérêts politiques, économiques et sécuritaires impliquant l’ensemble des acteurs régionaux.
Les nouveaux top guns du Moyen-Orient
Sur le plan diplomatique, le rôle des médiateurs régionaux illustre l’évolution des rapports de force au Moyen-Orient. Le Qatar, qui maintient un dialogue avec le Hamas tout en entretenant des liens étroits avec Washington, s’impose comme un acteur central de la médiation régionale. L’Égypte, fidèle à son rôle historique d’intermédiaire entre Israël et les Palestiniens, cherche à préserver la stabilité de sa frontière à Rafah. De son côté, l’Arabie saoudite adopte une position d’équilibre : tout en dénonçant la violence dans la région, elle maintient un dialogue discret avec Tel-Aviv dans le cadre de discussions de normalisation.
Une paix… économique
Le plan de paix américain traduit une approche pragmatique centrée sur la reconstruction et le développement. En évoquant la transformation de Gaza en « Riviera du Moyen-Orient », Donald Trump met l’accent sur les dimensions économiques et stratégiques du projet. Certains analystes soulignent toutefois les risques de chevauchement entre diplomatie, intérêts privés et projets de reconstruction, le plan ayant été conçu avec la participation de figures issues du monde des affaires, telles que Jared Kushner et Steven Witkoff.
Une situation humanitaire toujours critique

Sur le terrain, la situation humanitaire demeure extrêmement difficile. Près de 92 % des habitations de Gaza sont détruites, et la population vit dans des conditions précaires. Le maintien d’un contrôle israélien sur les frontières et la sécurité du territoire, même après le cessez-le-feu, soulève des interrogations quant à la souveraineté effective de Gaza et à la viabilité d’un futur État palestinien. Des experts de l’ONU ont également appelé à ce que le cessez-le-feu soit pleinement respecté, tout en soulignant que les mécanismes de suivi et de contrôle restent insuffisants.
Une paix encore lointaine
À l’échelle internationale, le conflit entre Israël et le Hamas met en évidence les limites de l’action diplomatique et institutionnelle. Le Conseil de sécurité des Nations unies a récemment débattu des obstacles à la paix, soulignant que des divergences profondes persistent entre les parties prenantes. La Russie et la Chine profitent de cette impasse pour renforcer leur discours critique envers les États-Unis et leurs alliés, accentuant la polarisation internationale et compliquant l’émergence d’un consensus autour d’une solution à deux États.
Tant qu’elles ne seront pas abordées, il est impossible de dire si les initiatives diplomatiques comme le plan Trump seront perçues comme le début d’une paix durable dans la région.
Ainsi, même si ce cessez-le-feu représente une étape importante, les obstacles structurels — notamment le contrôle des frontières, les zones grises de compétence sécuritaire et les tensions politiques internes — persistent comme des freins significatifs à l’émergence d’une paix stable et durable.
Pierre-Louis Chesseron, Maha Barrak, Marc-Antoine Labrie, Louis-Félix Cloutier




