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Pétrole, commerce et tarifs: les 3 dossiers qui pourraient marquer 2026

En 2026, l’économie mondiale pourrait être fortement influencée par des décisions politiques et commerciales qui dépassent largement les frontières des pays concernés. Certaines mesures semblent techniques à première vue, mais elles ont le pouvoir de déplacer les prix, de modifier les échanges internationaux et de créer de l’incertitude dans plusieurs secteurs stratégiques. Dans cet article, trois dossiers se démarquent particulièrement: l’évolution des sanctions américaines sur le pétrole vénézuélien, les retombées économiques de l’accord UE–Mercosur, et la renégociation de l’ACEUM, qui pourrait devenir un point tournant pour l’Amérique du Nord.

Du Venezuela au Canada: l’impact des décisions américaines sur le marché pétrolier

L’action des États-Unis au Venezuela repose surtout sur des outils économiques plutôt que militaires, en particulier sur les sanctions pétrolières. Concrètement, Washington ne contrôle pas directement les puits de pétrole, mais encadre légalement qui peut acheter, financer, transporter ou assurer le pétrole vénézuélien. Ces règles sont gérées par l’Office of Foreign Assets Control, qui peut accorder ou retirer des licences autorisant temporairement certaines ventes.

En 2024, le retrait d’une licence générale plus large et son remplacement par une autorisation de transition ont signalé aux marchés un resserrement du cadre, créant de l’incertitude sur l’offre. Même si le Venezuela n’est plus un géant pétrolier comme par le passé, sa production, avoisinant le million de barils par jour reste suffisante pour influencer les anticipations mondiales. Lorsque l’accès à ce pétrole est limité, les acheteurs se tournent vers d’autres producteurs, ce qui peut pousser les prix internationaux du brut à la hausse. À l’inverse, si les États-Unis facilitent la vente du pétrole vénézuélien ou en permettent l’écoulement sur les marchés, l’offre mondiale augmente, ce qui tend à réduire le prix du pétrole ou à en limiter la volatilité. Pour le Canada, l’impact passe principalement par les prix internationaux du brut, notamment le Brent, qui influencent directement le prix de l’essence.

  Figure 1: Évolution du prix du pétrole Brent (USD/baril), 2025–début 2026,  Source graphique

La Banque du Canada souligne que les prix à la pompe au Canada suivent forcément l’évolution du pétrole brut à long terme. Une baisse des prix mondiaux serait donc positive pour les consommateurs et les entreprises canadiennes en réduisant les coûts de transport et la pression inflationniste. En revanche, elle pourrait nuire aux provinces productrices de pétrole en diminuant les revenus, les investissements et les redevances publiques. Ainsi, une décision américaine concernant le pétrole vénézuélien peut avoir des effets contrastés sur l’économie canadienne, en opposant le pouvoir d’achat des ménages à la performance du secteur énergétique.

Retombées économiques pour l’UE suite aux accords commerciaux avec le Mercosur

L’accord UE-Mercosur constitue un tournant majeur de la stratégie commerciale européenne. Regroupant près de 700 millions de consommateurs, il vise à réduire les barrières tarifaires et à renforcer les échanges. En 2026, ses effets économiques devraient se concrétiser, faisant de cet accord une tendance structurelle à surveiller.   


Expansion des exportations européennes

La suppression progressive des droits de douane stimule les exportations européennes vers le Mercosur, notamment les secteurs à forte valeur ajoutée. Les industries automobile, pharmaceutique, chimique et des machines industrielles figurent parmi les principales bénéficiaires. En 2024, les exportations de l’UE vers le Mercosur atteignaient 55,2 milliards d'euros, une hausse de 25% depuis 2014. 

La libéralisation de plus de 91% des marchandises exportées par l’UE, réduit significativement les coûts, améliore la compétitivité-prix et renforce le positionnement des produits européens. L’UE anticipe une hausse de 40% de ses exportations, représentant 49 milliards d’euros, pouvant créer 440 000 emplois supplémentaires, en plus des 756 000 postes déjà soutenus par ces échanges.

Figure 2: Commerce de biens entre l’Union européenne et le Mercosur (exportations et importations), 2014–2024 (€ milliards),  Source photo

La balance commerciale UE–Mercosur montre les effets de cet accord sur les échanges long terme. En 2024, le commerce atteignait 111 milliards d’euros, l’UE étant le deuxième partenaire commercial du Mercosur et ce dernier le dixième pour l’UE. L’UE est également le principal investisseur du Mercosur, avec 390 milliards d’euros, confirmant l’importance stratégique du partenariat.


Pressions concurrentielles 

Si l’accord ouvre des perspectives favorables pour l’industrie européenne, il intensifie la concurrence dans certains secteurs sensibles, surtout l’agriculture. 81,3% des importations européennes du Mercosur sont des biens primaires comme le bœuf, la volaille et le sucre, concurrençant directement les producteurs locaux.

Les organisations agricoles craignent que l’arrivée de produits sud-américains à bas coût, fabriqués selon des normes moins strictes, réduise leurs marges, malgré l’instauration de quotas. Selon la Commission Européenne, les importations de bœuf représentent 1,6% de la production européenne, 1,4% pour la volaille et 1,1% pour le sucre, limitant en apparence l’impact, bien que certains pays puissent être davantage affectés. En 2025, la France affichait un déficit agroalimentaire de 123 millions d’euros, les importations (+10%) surpassant les exportations (+6%), illustrant la vulnérabilité des filières agricoles face à la concurrence internationale.

L’UE exporte surtout des produits manufacturés (86,6%) vers le Mercosur, alors que ce dernier est compétitif dans les matières premières. L’accord renforce cette dynamique et certaines filières européennes devront s’ ajuster.


Limites des évaluations économiques

Des chercheurs de la LSE estiment que les gains projetés par l’UE reposent sur des hypothèses économiques irréalistes comme le plein emploi, des marchés parfaitement concurrentiels et des gains automatiques, masquant la vulnérabilité structurelle de l’UE et sa capacité d’adaptation. 

La libéralisation pourrait réduire l'emploi et la productivité dans certains secteurs. Le PIB de l’UE ne gagnerait que 0,1% en dix ans, un effet macroéconomique limité face aux déséquilibres sectoriels et à la pression concurrentielle sur des filières européennes fragiles.


Perspectives et limites pour 2026

Les retombées économiques de l’accord apparaissent à la fois prometteuses et controversées. L’accord favorise les exportations européennes et offre de nouvelles opportunités pour certains secteurs industriels, mais il expose l’agriculture à une forte pression, montrant les limites des dispositifs de protection de l’UE face aux spécificités de ses membres. En 2026, l’UE parviendra-t-elle à soutenir son industrie ou risque-t-elle d’accentuer sa vulnérabilité?

La renégociation de l’ACEUM : point tournant de 2026

2026 sera une année considérablement pour les pays nord-américains, alors que l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) vient à échéance. La renégociation de celle-ci est considérée comme un point d’ancrage pour le Mexique et le Canada, alors que le président Trump ne cesse de faire des déclarations protectionnistes envers ses deux voisins depuis son inauguration. Cette incertitude a freiné l’économie de ces deux pays exportateurs qui dépendent grandement de sa clientèle américaine pour leur vitalité économique. C’est en effet près de 80% de leurs exportations qui sont destinées vers les États-Unis.

Figure 3 — Évolution des exportations de biens et services des États-Unis vers le Canada et le Mexique (janvier–août, 2021–2025, milliards $US) Source: U.S. Census Bureau; Tableau: Les Affaires.


Pourquoi l’ACEUM a quand même protégé l’économie en 2025

Cependant, malgré toutes les menaces éparpillées par Donald Trump, les deux pays ont été résilients au niveau économique en 2025. Une des raisons principales est que l’ACEUM présentement en vigueur a un nombre très significatif de produits d’importance qui sont exempts de droits de douane.

Pour le Canada, par exemple, près de 90% de leurs exportations actuelles ne peuvent pas être imposées de tarifs. Une renégociation qui serait mutuellement bénéfique pour les trois pays sera un défi majeur qui s’écrira dans la carrière politique du premier ministre canadien Mark Carney et de la première ministre mexicaine Claudia Sheinbaum.


Quels secteurs risquent d’être ciblés dans le nouvel accord ?

Comme hypothèse de premier ordre, il est raisonnable de croire que l’administration américaine portera beaucoup d’influence sur ce nouvel accord, puisque ses ambitions protectionnistes sont particulièrement plus grandes que celles de ses deux alliés. 


Automobile: relocaliser… mais à quel prix?

Au niveau de l’automobile, Donald Trump a été ferme quant à sa volonté de rapatrier considérablement la production automobile aux États-Unis. Les droits de douane sur cette industrie annoncée par lui l’an dernier ont frappé le Canada et le Mexique, qui sont des participants notables dans cette industrie. Or, à court terme, les coûts des composantes automobiles hors États-Unis risquent d’augmenter les coûts de production de celles-ci aux États-Unis. 


Aluminium: une menace sensible pour le Québec

L’administration américaine a également été agressive envers la production de l’aluminium aux États-Unis. Particulièrement pour le Québec, ses exportations d’aluminium constituent une part importante de son économie.

La menace sur l’aluminium est toutefois plutôt contre-productive pour les États-Unis; industrialiser l’aluminium prendrait plusieurs années et le pays manque d’énergie afin d’en produire de manière autosuffisante.


Agriculture et gestion de l’offre: la zone la plus explosive

D'autre part, le président Trump veut mettre de l’avant des mesures protectionnistes pour favoriser son industrie agricole. Il a aussi critiqué vivement les mesures protectionnistes du Canada favorisant sa gestion de l’offre au niveau du lait. Le premier ministre Carney devra donc trouver un terrain d’entente au détriment d’un compromis entre plus d’importations agricoles américaines et la gestion de l’offre canadienne.


Une négociation longue, instable et coûteuse

Somme toute, nous pouvons nous attendre à une négociation féroce de l’ACEUM. Donald Trump est reconnu comme un président qui tient sa ligne directrice très fermement. Nous pouvons également nous attendre à une négociation plus longue et instable qu’auparavant.

Bien que Trump veuille un pays autosuffisant de manière nette, il n’aura pas le choix de favoriser un libre-échange pour plusieurs produits dont les États-Unis dépendent à court/moyen terme. Autrement, cela générera une inflation considérable envers ses propres citoyens. N’oublions pas qu’une élimination de l’inflation était une des promesses de sa présidence.

Thierry Ferland, Jordan Cioban, Ilhem Meghrici, Fatine Moumni



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