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L’Inde devient une superpuissance économique; mais à quel prix ?

L’Inde est aujourd’hui l’un des pays émergents dont la croissance suscite une attention mondiale soutenue. Selon, les données gouvernementales les plus récentes, l’Inde s’est hissée au rang de quatrième économie mondiale, devant le Japon, avec un PIB estimé à plus de 4 000 milliards de dollars. Cette étape symbolise une accélération remarquable de sa trajectoire économique 2026 est donc une année charnière pour analyser si ce modèle est durable et quels en sont les moteurs et les défis.

 

 

Historique de l’évolution économique indienne

L’évolution économique moderne de l’inde s’explique en grande partie par les réformes libérales amorcées dans les années 1990, notamment l’ouverture progressive aux investissements étrangers et la déréglementation de secteurs clés qui ont relancé l’activité économique. À partir des années 2000, cette orientation a permis une intégration croissante aux chaines de valeur mondiales et une forte croissance dans les services, notamment informatiques. Aujourd’hui, l’Inde devance plusieurs grandes économies du monde, comme le Brésil, le Mexique et le Canada, pour se positionner juste derrière les États-Unis, la Chine et potentiellement l’Allemagne dans la prochaine décennie.


Les moteurs de croissance

1)     La demande intérieure et démographique

Une population de plus de 1,4 milliards d’habitants et une classe moyenne en expansion constituent un marché intérieur très grand. La croissance de la demande intérieure supporte la production domestique et attire les investissements étrangers, surtout dans la consommation, l’immobilier et les services. Par ailleurs, la transformation numérique du pays, avec l’adoption massive de paiements électroniques et d’identités numériques, augmente l’efficacité des transactions économiques et facilite l’inclusion financière.


2)    Les secteurs 

Le secteur des services constitue un moteur central de la croissance économique indienne, tant sur le plan domestique qu’international. Il représente aujourd’hui plus de la moitié du produit intérieur brut et emploi 31% de la main-d’œuvre, porté notamment par les technologies de l’information, les services financiers, le commerce et le tourisme. Sur le plan extérieur, ce secteur joue également un rôle clé dans l’atténuation du déficit commercial du pays. La part de l’Inde dans les exportations mondiales de services a connu une progression soutenue au cours des vingt dernières années. Le graphique ci-dessus illustre une croissance de 124% du secteur des services entre 2013-2014 et 2023-2024. Cette dynamique a renforcé la résilience de l’économie indienne face aux chocs affectant les échanges de biens. Par exemple, les exportations de services sont demeurées relativement épargnées par les hausses de droits de douane imposées par les États-Unis en août 2025.

 

L’Inde est également la quatrième puissance agricole mondiale en valeur de production, même si sa productivité demeure relativement faible. L’agriculture indienne contribue à environ 16% du PIB et emploi près de 44% de la population active. Le pays est un important producteur de céréales, de fruits, de légumes, de coton, de sucre et d’épices et possède le plus grand cheptel bovin au monde ainsi que la troisième production halieutique mondiale. Bien que les cultures demeurent le principal contributeur à la valeur de production agricole, leur part a reculé au profit des autres sous-secteurs. Parallèlement, le revenu agricole a progressé d’environ 5% par an au cours de la dernière décennie.

 

Le secteur industriel représente 25% de l’emploi et 24,6% du PIB indien. Il repose principalement sur la fabrication, tel que le textile, la chimie, l’automobile et la pharmacie, la fabrication constituant un pilier majeur avec 13% du PIB. Des secteurs émergents comme la biotechnologie, les énergies renouvelables et l’aérospatiale gagnent également en importance grâce aux avancées technologiques et au soutien gouvernemental. Le charbon demeure la principale source d’énergie, l’Inde étant le deuxième producteur mondial. Dans la production manufacturière, le textile s’impose comme un secteur clé, suivi de l’industrie chimique, qui arrive en deuxième position. En 2025, le secteur industriel a progressé de 6% au premier semestre et devrait croître de 6,2% sur l’année, malgré un ralentissement au deuxième trimestre lié à la baisse des exportations manufacturières.

 

3)    Les réformes

Partenaires commerciaux et accords importants

En juillet 2025, l’Inde et le Royaume-Uni ont signé l’Accord économique et commercial global (AECG), donnant à l’Inde un accès en franchise de droits à 99% de ses exportations vers le Royaume-Uni. Les principaux secteurs bénéficiaires sont le textile, l’agroalimentaire, les fruits de mer, la chimie, les biens d’équipement, la joaillerie et les chaussures. Pour les services indiens, l’accord facilite l’accès au marché anglais pour l’informatique, la finance, le droit, l’éducation et les professions spécialisées, tout en simplifiant les visas et permis de travail pour les professionnels indiens.

 

L’accord de Partenariat Commercial et Économique (TEPA) entre l’Inde et les États de l’EFTA (Islande, Liechtenstein, Norvège et Suisse) est entré en vigueur le 1er octobre 2025. Il a pour objectif de renforcer les relations économiques de l’Inde avec ces pays en facilitant le commerce de biens et de services, en simplifiant les procédures douanières et en reconnaissant les qualifications professionnelles. Il prévoit 100 milliards USD d’investissements en Inde sur 15 ans et la création d’environ un million d’emplois directs, principalement dans la fabrication de précision, les technologies propres et les services. Le TEPA soutient également l’expansion des entreprises indiennes sur les marchés EFTA et contribue à des chaînes d’approvisionnement plus solides et intégrées.

 

En février 2026, le président Donald Trump a annoncé un accord commercial majeur entre les États-Unis et l’Inde. Dans celui-ci, les droits de douane américains sur les produits indiens passent de 50% à 18%, tandis que l’Inde s’engage à cesser ses importations de pétrole russe et à réduire certaines barrières commerciales. L’Inde prévoit également d’acheter davantage de produits américains, dont du pétrole, des avions, du matériel de défense, des télécommunications et des produits pharmaceutiques, pour un montant pouvant atteindre 500 milliards de dollars sur plusieurs années. De son côté, le pays a partiellement ouvert son secteur agricole aux importations américaines et réduit les tarifs sur certaines voitures. L’annonce de l’accord a stimulé le marché, la Bourse indienne, le Nifty 50, a gagné près de 3%, et la roupie s’est renforcée face au dollar.

 

En janvier 2026, l’Inde et l’Union européenne ont signé un accord de libre-échange après près de 18 ans de négociations. Cet accord ouvre un marché de près de 2 milliards de consommateurs et pourrait doubler les échanges bilatéraux d’ici 2030. Il supprime ou réduit la plupart des droits de douane sur les biens indiens, soutenant notamment les secteurs textile, cuir, chaussures, produits de la mer, pierres précieuses, artisanat, ingénierie et automobile. Dans l’automobile, un quota jusqu’à 250 000 véhicules européens bénéficiera de droits préférentiels, favorisant également des initiatives « Make in India ». L’accord inclut aussi des engagements sur le commerce des services, comme les télécoms et l’informatique et facilite la mobilité des professionnels.

 

 

Défis

Face à son immense intégration dans les chaines de valeur mondiale, l’Inde fait face à certains défis afin de soutenir sa croissance. Bien que la valeur de sa production totale soit fracassante, l’Inde demeure un pays dont le niveau de vie des habitants est critique. Il se hisse très loin en dernier parmi les pays du G20 en termes de PIB par habitant. Cela se traduit notamment par le fait que le pays est le plus peuplé au monde. L’effet de croissance de la population a donc pour effet de compenser la croissance économique globale du pays, si bien que le citoyen moyen est encore très pauvre.

Cette pauvreté relative et le fait que le taux d’emploi du pays soit très bas, rend l’Inde dépendante aux exportations. Si le pays veut s’établir comme une force au niveau mondial à long terme, une intégration de la main d’œuvre via un flux d’investissements étrangers substantiel est nécessaire. Les instances publiques indiennes auront comme but d’attirer ces capitaux étrangers à l’aide d’investissements publics favorables aux infrastructures et à la qualité de vie des Indiens.

Sources diverses citées dans le texte


Thierry Ferland, Jordan Cioban, Ilhem Meghrici, Fatine Moumni



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