top of page

L’acquisition d’Allied Gold par la Chine : enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques pour le Canada

Zijin Gold International, filiale du géant minier chinois Zijin Mining Group, est basée à Hong Kong et s'est rapidement hissée parmi les plus grands producteurs mondiaux d'or et de cuivre. La transaction, évaluée à environ 5,5 milliards de dollars canadiens (4 milliards USD), propose un prix de 44 dollars par action, soit une prime substantielle de 27 % par rapport au cours moyen sur 30 jours. Cette acquisition témoigne de l'appétit croissant des entreprises chinoises pour les actifs aurifères internationaux et s'inscrit dans une stratégie d'expansion agressive en Afrique, où Zijin cherche à consolider sa position dans la chaîne d'approvisionnement aurifère du continent.


Cette opération intervient dans un contexte exceptionnel pour le marché de l'or. Le métal précieux a franchi le seuil historique de 5 500 dollars l'once au début de 2026, soit une progression spectaculaire par rapport aux années précédentes. Cette hausse remarquable s'explique principalement par une demande accrue des actifs refuges, alimentée par les tensions géopolitiques mondiales et les incertitudes économiques persistantes. L'or s'est transformé d'une simple marchandise en un actif stratégique de réserve, particulièrement pour les gouvernements cherchant à se diversifier du système financier dominé par le dollar américain.

Pour Allied Gold, cette valorisation survient à un moment stratégique particulièrement favorable. La flambée des prix de l'or bonifie considérablement la valeur de ses réserves et de sa production annuelle. Les actionnaires bénéficient ainsi d'une opportunité de conversion immédiate en liquidités à un prix historiquement élevé, évitant l'exposition continue aux risques opérationnels dans des juridictions africaines réputées complexes comme le Mali et l'Éthiopie. Le timing de cette transaction soulève néanmoins des questions sur les implications plus larges pour le Canada, tant sur le plan économique que géopolitique.


Le rachat intervient dans un contexte d’adoucissement entre les relations sino-canadiennes. En effet, en janvier le premier ministre Mark Carney s’est rendu en Chine pour rencontrer le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping. Cette visite est une première pour un premier ministre Canadien depuis 2017. Un dénouement de cette rencontre était en autre la réduction de tarifs sur les exports/imports entre les deux nations. Pour le Canada, on estime une valeur ajoutée de $ 3 Milliards en termes d’exports envers la Chine. De plus, une entente pour une coopération plus accrue sur la scène internationale a été mise en place. Toutefois, la réponse du président Donald Trump a été rapide et claire, une imposition d’un tarif douanier de 100% sur le Canada, s’ils ont conclu une entente avec la Chine. Mark Carney a répondu avec l’affirmation suivante : "Mais le Canada ne vit pas grâce aux États-Unis. Le Canada prospère parce que nous sommes Canadiens.". On peut ici noter la différence entre l’intensité de la rhétorique entre les deux dirigeants. Mais alors pourquoi est-ce que le Canada s’engage à conclure cette entente avec la Chine si une menace avec nos voisins semble si intense? Malgré les propos de Carney, une réduction de la dépendance envers les États-Unis aurait un net positif sur le Canada. Dans la mesure où cette entente est conclue, les secteurs stratégiques ciblés sont communs pour le Canada et la Chine.


Un rapprochement économique accru avec la Chine présente plusieurs avantages potentiels pour le Canada et ses entreprises mais n’est pas sans risque. D’abord, l’accès à des financements massifs constitue un levier important, particulièrement dans des secteurs intensifs en capital comme le secteur minier. Les entreprises chinoises disposent souvent de liquidités abondantes, ce qui leur permet de financer des projets d’envergure à long terme. De plus, un tel rapprochement permettrait au Canada de diversifier ses marchés d’exportation et de réduire sa vulnérabilité face aux États-Unis.


Cependant, des échanges commerciaux croissants avec la Chine soulève des inquiétudes quant à la stabilité et à la transparence du partenariat. Les enjeux liés aux droits de la personne, aux normes environnementales et à la gouvernance en Chine alimentent les critiques, tant sur le plan politique que sociétal. À cela s’ajoutent des risques géopolitiques importants, notamment en matière de sécurité nationale et de contrôle des investissements étrangers dans des actifs jugés stratégiques. Comme la mentionné le Président des États-Unis dans un Truth : « Si le gouverneur Carney pense qu’il va faire du Canada un port d’entrée pour la Chine pour que ceux-ci envoient leurs produits vers les États-Unis ensuite, il se trompe grandement. »

 

Certains observateurs estiment également que ce type de transaction favorise avant tout les intérêts chinois, parfois au détriment de la souveraineté économique canadienne. Bien qu’Allied Gold opère principalement à l’étranger, son statut de société canadienne cotée en bourse soulève des questions quant à la perte d’influence du Canada dans le secteur minier mondial, historiquement l’un de ses piliers économiques.

Sur le plan économique, l’acquisition d’Allied Gold par une entreprise étrangère entraînerait le retrait d’un acteur important de la Bourse de Toronto, réduisant ainsi la profondeur et l’attractivité du marché boursier canadien dans le secteur minier. Cela pourrait également envoyer un signal mitigé quant à la capacité du Canada à conserver ses champions nationaux dans un contexte de consolidation mondiale.

D’un point de vue réglementaire, la transaction devra faire l’objet d’un examen rigoureux en vertu de la Investment Canada Act. Cette loi vise à évaluer si les investissements étrangers majeurs sont compatibles avec l’intérêt national et la sécurité du pays. Bien que les actifs d’Allied Gold soient situés à l’étranger, la nature stratégique de l’or et la nationalité de l’acquéreur pourraient justifier un examen approfondi. Le gouvernement canadien a d’ailleurs déjà utilisé cet acte pour bloquer des compagnies minières chinoise dans le passé, notamment en 2020. Bien que dans ce cas, il s’agissait d’une mine en sol canadien.


Enfin, cette opération relance le débat sur la position du Canada face aux États-Unis, notamment en ce qui concerne la politique commerciale et la coopération sur les ressources critiques. Le Canada se trouve dans une position délicate, devant concilier son alliance historique avec Washington, qui est logistiquement bien plus simple en raison de sa proximité. Cependant, comme Carney tente de faire depuis son entrée en poste, le besoin croissant de diversification économique est bien présent. Ce dilemme est au cœur des discussions présentement.

Cette tentative d’acquisition d’Allied Gold par Zijin Gold International illustre les profondes transformations du marché mondial de l’or, désormais perçu non seulement comme une matière première, mais comme un actif stratégique au cœur des enjeux géopolitiques.


Pour le Canada, cette transaction met en lumière à la fois des opportunités et des défis. D’un côté, elle ouvre la porte à une diversification commerciale et à de nouvelles sources de capitaux. De l’autre, elle souligne la nécessité pour le pays de se doter d’une stratégie claire afin de gérer les risques géopolitiques et de préserver ses intérêts économiques à long terme. Maintenir un équilibre entre les relations avec les États-Unis et la Chine apparaît plus que jamais essentiel.

 

Du point de vue financier, cette transaction offre des avantages évidents pour les actionnaires d’Allied Gold, qui bénéficient d’une prime substantielle dans un contexte de prix de l’or historiquement élevés. Toutefois, pour le Canada et l’économie mondiale, elle soulève des questions fondamentales sur la souveraineté économique, la sécurité nationale et l’évolution des relations internationales dans un monde de plus en plus multipolaire.

Sources diverses citées dans le texte


Par l'équipe d'IB

Askar Talkenov

Félix Coutu-McEvoy

Nicolas Nantel

Gabriel Houde

@ 2026 MGH. Tout droits résérvés

  • Instagram
  • LinkedIn

À propos de nous

S'abonner

Abonnez-vous à notre infolettre pour rester à jour et ne jamais manquer une publication!

Merci beaucoup!

Le Journal des Marchés Globaux HEC traite de sujets variés tels que l'économie mondiale, la politique, la recherche sur actions et les banques d'investissement. Notre plateforme offre des analyses approfondies et des articles rédigés par des étudiants passionnés. Nous nous engageons à informer nos lecteurs sur les dynamiques des marchés et les enjeux actuels. Rejoignez-nous pour explorer ces thèmes et enrichir vos connaissances.

bottom of page