Iran - États-Unis : la crise intérieure ravive le bras de fer nucléaire
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Depuis janvier, des milliers de manifestants iraniens à travers le pays contestent la légitimité du régime de la République islamique, tandis qu’en parallèle des tensions diplomatiques s’intensifient entre Téhéran et Washington autour du dossier nucléaire.
Dans la dernière année, l’Iran a été le théâtre des secousses les plus violentes depuis la révolution de 1979. Ce qui avait commencé avec la guerre de 12 jours déclenchée par Israël en juin et une crise économique qui a fait chuter vertigineusement la valeur du Rial iranien s’est rapidement transformé en une vague sans précédent de manifestations par la population. Dans les rues, les manifestants ne crient plus seulement contre la crise financière, ils veulent la tombée de la république islamique actuelle et certains n’hésitent plus à évoquer le retour de la monarchie déchue.
Ce glissement illustre une rupture générationnelle et politique, alors que la population ne se contente plus de réformes, mais remet en cause la légitimité même du système, explique l’analyste politique Dr. Chtatou.
Face à cette marée de manifestations, les autorités iraniennes ont répondu par une répression d’une grande ampleur; déploiement massif de forces de l’ordre, arrestations ciblées de figures militantes importantes, restriction de la presse et coupure d’accès Internet. Selon l’agence américaine HRANA (Human Rights Activists News Agency), les manifestations, depuis janvier, auraient fait 7010 morts et conduit aux arrestations d’au moins 53 845 personnes.
Un régime dos au mur
Pourtant, alors que les forces de sécurité sont encore déployées dans les rues en Iran, une autre scène, tout aussi cruciale pour l’avenir du pays, se jouait à quelques milliers de kilomètres de là. En Oman, des représentants iraniens et américains se sont retrouvés autour de la table de négociation le 6 février.
Ces pourparlers avaient comme objectif d’évaluer le programme nucléaire iranien. D’un côté, Donald Trump et ses acolytes américains multiplient les avertissements à l’encontre de Téhéran, craignant un programme visant à développer l’arme nucléaire. De l’autre, le président iranien Pezeshkian persiste sur le fait que son uranium est utilisé à des fins civiles, en excluant toute négociation sur sa politique intérieure.
La répression comme levier de négociation
La contestation populaire en Iran offre un effet de levier inespéré à Washington. Au même moment où les États-Unis renforcent leur présence militaire au Moyen-Orient, Donald Trump menace Téhéran de lancer des frappes si les deux camps ne parviennent pas à conclure une entente sur le programme nucléaire iranien et de mettre un terme aux meurtres des manifestants, affirme la BBC.
De son côté, le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou invite les Américains à exercer une forte pression sur l’Iran. Israël souhaite limiter le programme de missiles balistiques iranien et stopper le soutien aux groupes armés dans sa région. “Rien n’empêchera l’État hébreu d’intervenir en Iran, pas même Donald Trump”, affirme Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques associé à l’UQAM.
Face à cette pression, la délégation iranienne a maintenu sa position. Le président Pezeshkian tient à rassurer la communauté internationale en réaffirmant que son pays était ouvert à “toute vérification” de la nature pacifique de son programme nucléaire.
En l’absence d’un accord, Trump a averti que l’Iran s’exposait à des conséquences “ très traumatisantes”, en rappelant les frappes américaines contre les installations nucléaires iraniennes en juin dernier. Il affirme aussi qu’un changement de régime en Iran serait “la meilleure chose”.
Le régime iranien se retrouve ainsi simultanément face à deux défis. D’une part, il doit répondre à une contestation populaire d’une ampleur significative. D’autre part, il doit poursuivre les négociations diplomatiques avec les États-Unis afin d’éviter une escalade militaire tout en maintenant leur position sur ce qu’il présente comme leur droit légitime de développer un programme nucléaire à des fins civiles.
Si aucun compromis n’émerge, tant sur le plan diplomatique que sur le plan national, la trajectoire pourrait effectivement devenir “très traumatisante”, pour reprendre les mots du président américain.
Sources diverses citées dans le texte, contactez marchesglobaux.hec@gmail.com pour en savoir plus sur la méthodologie.
Maha Barrak, Marc-Antoine Labrie, Mohamed Yassine Ezzine, Pierre-Louis Chesseron




