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Chine et Qatar : Le Canada redessine ses relations économiques

Le repositionnement récent du Canada en matière de stratégie économique et commerciale s’inscrit dans une séquence diplomatique et politique marquante, amorcée en janvier 2026 par une série d’initiatives et de prises de position du premier ministre Mark Carney. Cette dynamique repose sur trois événements clés qui sont une visite diplomatique majeure en Chine et au Qatar, un discours structurant sur l’ordre économique mondial prononcé à Davos, et une série de déclarations publiques affirmant la souveraineté économique canadienne dans un contexte de tensions avec les États-Unis. 

Une visite historique en Chine  

Du 13 au 16 janvier 2026, Mark Carney a effectué une visite officielle à Pékin, la première d’un premier ministre canadien en Chine depuis près d’une décennie. Ce déplacement visait à relancer une relation bilatérale fortement dégradée depuis la fin des années 2010, dans un contexte où le Canada cherche activement à diversifier ses débouchés commerciaux au-delà du marché américain. 

Aujourd’hui, selon Affaires mondiales Canada, la Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada, avec un commerce bilatéral estimé entre 100 et 115 milliards de dollars canadiens par an sur la période 2023–2025. Les exportations canadiennes vers la Chine atteignent environ 30 à 35 milliards de dollars, tandis que les importations en provenance du marché chinois se situent autour de 70 à 80 milliards, générant un déficit commercial structurel de l’ordre de 40 à 45 milliards de dollars. 

Cette asymétrie illustre la nature profonde de la relation. En effet, le Canada exporte principalement des ressources et des produits à faible transformation comme le canola, les céréales, le bois, la pâte à papier, les minerais, les métaux industriels et les produits énergétiques  tandis qu’il importe des biens manufacturés à forte valeur ajoutée, notamment des équipements électroniques, des machines industrielles, des biens de consommation, des composants technologiques, des batteries et des véhicules électriques. 

Ce commerce s’inscrit dans un cadre institutionnel fragmenté mais fonctionnel, reposant sur des accords sectoriels, des protocoles agricoles, des cadres de protection des investissements et des coopérations en recherche et développement, sans qu’un accord de libre-échange global n’ait jamais été conclu. Malgré des tensions diplomatiques persistantes, ces mécanismes ont permis de maintenir des flux économiques soutenus. Toutefois, ce rapprochement économique progressif coexiste avec un malaise politique étant donné que la Chine demeure un partenaire dont la capacité à instrumentaliser le commerce à des fins géopolitiques a été démontrée par le passé, notamment à travers des restrictions ciblées sur des exportations agricoles canadiennes en 2019. 

L’enjeu chinois prend une dimension encore plus sensible dans le contexte de la transition énergétique et de la transformation industrielle, en particulier autour de la filière des véhicules électriques, comme l’explique Ian Bickis de La Presse Canadienne. La Chine contrôle aujourd’hui une part dominante des chaînes d’approvisionnement mondiales en batteries lithium-ion, dans le raffinage du lithium, dans la transformation des minéraux critiques et dans la production de véhicules électriques, tandis qu’une proportion significative des batteries, des composants de stockage d’énergie et des technologies propres utilisées au Canada provient de chaînes de valeur chinoises. Cette situation place Ottawa face à un dilemme stratégique. D’un côté, l’industrie canadienne des véhicules électriques et la transition vers la mobilité propre dépendent encore fortement des intrants chinois, qui offrent des coûts compétitifs, des volumes élevés et une maturité industrielle avancée, de l’autre, cette dépendance soulève des préoccupations croissantes en matière de souveraineté industrielle, de sécurité économique et d’autonomie technologique. 

La question des véhicules électriques cristallise ainsi une tension majeure entre ouverture économique et protection stratégique. Encourager l’importation de véhicules électriques chinois pourrait accélérer la décarbonation du parc automobile canadien et réduire les coûts pour les consommateurs, mais cela risquerait simultanément d’affaiblir l’émergence d’une filière nord-américaine intégrée, soutenue par d’importants investissements publics au Canada et aux États-Unis. À l’inverse, imposer des restrictions ou des barrières commerciales sur les véhicules électriques chinois pourrait protéger l’industrie locale, mais au prix d’un ralentissement de l’adoption des technologies propres et d’une hausse des coûts pour les ménages. Cette question devient donc un enjeu stratégique où se croisent politique industrielle, climat, commerce et géopolitique. 

Dans ce contexte, la Chine apparaît à la fois comme un levier incontournable pour la diversification commerciale canadienne et comme un facteur de vulnérabilité potentielle. Pour réduire significativement la dépendance du Canada aux États-Unis qui absorbent encore près de 70 % des exportations canadiennes, il faudrait accroître massivement les exportations vers d’autres marchés, et notamment vers la Chine, à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de dollars par an. Mais chaque avancée en ce sens accroît également l’exposition du Canada aux risques politiques, aux pressions diplomatiques et aux représailles économiques potentielles. 

Cette dynamique est en outre encadrée par la relation avec Washington, qui observe avec attention tout approfondissement des liens économiques entre Ottawa et Pékin, notamment dans les secteurs stratégiques comme les technologies propres, les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et les minéraux critiques. Le Canada se retrouve ainsi dans une position triangulaire délicate, cherchant à préserver son accès privilégié au marché américain tout en explorant une diversification prudente vers la Chine. La ligne qui semble émerger sous Mark Carney repose sur une approche transactionnelle et encadrée consistant à coopérer avec la Chine dans des secteurs ciblés tels que l’agriculture, les ressources naturelles et certaines filières énergétiques, tout en limitant strictement l’exposition dans les domaines technologiques sensibles et en renforçant les mécanismes de filtrage des investissements étrangers. 

À moyen terme, la relation Canada–Chine pourrait évoluer selon plusieurs trajectoires, allant d’une intégration contrôlée à une dépendance accrue, voire à un choc diplomatique en cas d’escalade des tensions. Dans tous les cas, la Chine s’impose désormais comme une variable centrale de la stratégie économique canadienne passant d’un partenaire autrefois perçu comme un adversaire, à un acteur incontournable, mais dont le poids oblige le Canada à redéfinir les contours de sa souveraineté économique. La position défendue par Mark Carney semble ainsi viser un équilibre délicat dont le principe est échanger avec la Chine sans s’y subordonner et tirer parti de son efficacité industrielle sans compromettre l’autonomie stratégique du pays. 

 

Un pont économique entre Ottawa et Doha 

Le Canada regarde de plus en plus vers le Golfe. La relation bilatérale avec le Qatar connaît aujourd’hui une nouvelle dynamique. 

Le Premier ministre canadien, Mark Carney, s’est rendu à Doha le 18 janvier 2026 dans le cadre d’une visite officielle visant à renforcer les relations avec le Qatar et à approfondir la coopération dans des domaines économiques et politiques jugés prioritaires. 

Cette visite s’inscrit dans un mouvement diplomatique actif du Canada, qui cherche à diversifier ses partenariats internationaux dans un contexte marqué par de rapides transformations géopolitiques et économiques. Au-delà de ses partenaires traditionnels, Ottawa cherche à élargir son réseau d’alliance pour minimiser le risque de ces incertitudes mondiales en se tournant vers l’Asie. 

Selon des sources gouvernementales canadiennes, plusieurs accords stratégiques ont été signés afin de soutenir une coopération renforcée dans les secteurs de l’énergie, du commerce, des infrastructures et de la sécurité régionale. Le Qatar est en effet considéré comme un acteur clé sur les plans économique et diplomatique au Moyen-Orient grâce à son rôle de médiateur des dossiers sensibles. 

Cette visite symbolise ainsi une nouvelle phase dans les relations bilatérales. Sur le plan économique, la forte capacitée d’investissement du Qatar en fait un partenaire particulièrement attractif pour le Canada. En contrepartie, le Canada offre un environnement économique stable, un savoir-faire technologique avancé ainsi qu’une expertise reconnue dans des secteurs stratégiques tels que l’intelligence artificielle, l’innovation et l’éducation. Cet échange mutuellement bénéfique favorise le développement de projets communs à long terme. 

Politiquement, cette relation reflète une volonté de coopérer et de trouver des solutions stratégiques pour les deux parties concernées puisqu’ils partagent les mêmes intérêts de stabilité, sécurité et la gestion des crises humanitaires 

D’un point de vue culturel et sociétal, ce rapprochement renouvelé pourrait également servir de catalyseur pour renforcer les échanges entre les sociétés civiles des deux pays et consolider durablement cette relation. 

Ainsi, cette visite de Carney à Doha se traduit comme une nouvelle phase fondée sur des intérêts en commun et une vision partagée face aux défis mondiaux. 

Marc-Antoine Labrie, Maha Barrak, Mohamed Yassine Ezzine, Pierre-Louis Chesseron


Sources intégrées dans le texte et tirées de:

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