Budget fédéral 2025 – ce que vous avez besoin de savoir
- marchesglobauxhec
- 11 nov. 2025
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Le gouvernement libéral de Mark Carney a dévoilé le 4 novembre un nouveau budget ambitieux visant à stimuler et moderniser l’économie canadienne, tout en évitant les coupures majeures dans les dépenses publiques. Le déficit prévu de 78 milliards de dollars représente un record pour une période hors-pandémique.
FAITS SAILLANTS DU BUDGET
Les dépenses totales gouvernementales augmenteront de 141 milliards sur 5 ans. La défense recevra 40% de ces nouvelles dépenses, soit 58 milliards de dollars. Ottawa désire moderniser ses forces armées et équipements dans un contexte international sensible, afin d’atteindre l’objectif de dépense de 2% du PIB de l’OTAN dès 2026.
Parmi les nouvelles mesures de ce budget fédéral, on retrouve une baisse du taux d’imposition fédéral pour les particuliers. Les libéraux estiment qu’environ 22 millions de Canadiens verront une économie moyenne d’impôt de 420$ par an. L’objectif de cette mesure est de soutenir la consommation et le revenu disponible.
Le gouvernement a annoncé consacrer 15 milliards de dollars à ses infrastructures, dont 5 milliards directement aux hôpitaux, alors qu’il s’engage aussi à investir 13 milliards $ dans la construction de nouveaux logements.
Ottawa prévoit de supprimer 40000 postes de fonctionnaires, soit près de 10% de la fonction publique.
Le chef du parti conservateur, Pierre Poilievre, critique un budget rempli de “taxes libérales”. De son côté, le Bloc québécois parle d’un budget trop conservateur. Les libéraux ont cependant survécu à leurs deux premiers votes de confiance, alors que les amendements à la fois du PCC et du Bloc ont été rejetés.
Le nouveau budget prévoit aussi d’autres mesures ciblées, comme des investissements dans le système d’alertes publiques, le soutien aux personnes handicapées, la modernisation du Service météorologique canadien et l’octroi de subventions à Radio-Canada et CBC. Enfin, les libéraux proposent d’abandonner deux mesures contestées: l’incitatif aux entrepreneurs canadiens et l’impôt sur le gain en capital.
Qu’est-ce que ça veut dire?
Derrière ces ambitions de rendre l’IA le moteur de productivité, se cache une redéfinition critique du marché du travail et des services publics.
Au niveau des services à la population, la réduction annoncée de 40 000 postes de fonction publique et la diminution des dépenses publiques de 60 milliards de dollars pourraient entraîner des déséquilibres au niveau des ressources humaines, ce qui risquerait de dégrader la qualité et l'accessibilité des services offerts aux citoyens. Selon le rapport d’EY Canada, “la transformation numérique des administrations exigera une requalification rapide des employés et un accompagnement social conséquent pour éviter une fracture numérique interne”.
Ce budget vise à la fois la modernisation des structures étatiques et soulève des préoccupations pour les travailleurs moins qualifiés ou occupant des fonctions automatisables. Bien que le gouvernement anticipe des gains d'efficacité, l'absence d'une planification suffisante pourrait accentuer les inégalités systémiques.
Du point de vue étudiant, ce budget présente à la fois une opportunité et un défi. Le gouvernement annonce maintenir un budget de 440$ millions supplémentaires par an pour le domaine de recherche et développement, qui soutient entre autres la recherche en IA, cybersécurité et technologies quantiques. De plus, ces initiatives sont accompagnées de la création d’un réseau national de calcul à grande échelle, encourageant les chercheurs, étudiants et les entrepreneurs pour développer et innover. Ceci est mentionné par Catherine Fortin LeFaivre, vice-présidente à la Chambre de commerce de Canada “une infrastructure de calcul souveraine susceptible d’attirer les talents de premier plan”.
Face à la "fuite des cerveaux" vers le sud, le budget tente également d'inverser la tendance en facilitant l'immigration de talents étrangers hautement qualifiés. Le gouvernement Carney prévoit ainsi d'accélérer le processus de résidence permanente pour les travailleurs étrangers ayant des compétences en technologies de pointe, notamment ceux affectés par les difficultés du système de visa H-1B aux États-Unis. Cette mesure vise à attirer des professionnels expérimentés et à soutenir l'écosystème technologique canadien, en particulier dans les domaines de l'IA et du quantique, jugés prioritaires pour la “souveraineté numérique” du pays. Selon un rapport du C.D. Howe Institute, ce type d'initiative ciblée est essentiel pour combler le déficit de main-d'œuvre spécialisée au Canada.
Cependant, un des enjeux les plus importants et les plus sensibles, touchant directement le budget et le rendement des étudiants, reste la crise du logement et la flambée des coûts. Malgré les coûts énormes investis dans la construction de logements, aucune part n’est explicitement dédiée au logement étudiant, alors que la crise du logement touche pleinement les jeunes. De plus, la réduction du taux d’imposition de 15% à 14%, ce qui représente environ 420$ par an, n’a qu’un effet marginal sur le pouvoir d’achat des étudiants.
Cosmétique où systémique, quel rôle pour l’IA dans le budget fédéral ? Au sein du budget fédéral 2025, le secteur de l’IA semble être considéré avec beaucoup d’estime par le gouvernement Carney, au point où cette technologie semble être ubiquitaire dans ce dernier. Investissement réel où performatif, l’IA semble représenter un moyen de plus en plus évident d’améliorer les structures de gouvernance fédérale et de favoriser la croissance économique.

Avec un investissement estimé à 925,6 millions de dollars sur 5 ans, le gouvernement de Mark Carney souhaite encourager le développement d’une I.A. canadienne avec une certaine emphase sur le secteur de l’informatique quantique. Cette volonté de faire de l'État un acteur clé dans ce secteur est clairement énoncé par le ministre fédéral aux finances François-Philippe Champagne, qui souhaite construire une IA dont l’infrastructure serait “souveraine” au Canada. Cette stratégie souhaite favoriser un écosystème technologique plus indépendant mais aussi construire et inciter à des partenariats publics-privés dans le secteur.
Au-delà d’être un simple outil de remplacement, le gouvernement envisage également l’utilisation de l’IA comme un outil d’amélioration des processus existants. Par exemple, le Département de la Justice et le Département du Transport utiliseront désormais l’IA afin de favoriser l’automatisation des tâches et donc gagner en productivité. Au niveau du secteur de la défense, l’augmentation du budget à hauteur de 81.8 milliards sur 5 ans répond également à ces besoins, comprenant une amélioration des infrastructures digitales existantes. Cette mise à jour technologique dans la défense profite d’externalités positives via les investissements en informatique quantique de 334.3 millions contenu dans le budget, ce qui à terme permettra des économies et des gains de productivité dans les institutions gouvernementales.
Selon le ministre de l’Intelligence Artificielle et l'Innovation digitale Evan Solomon, cette stratégie d’investir transversalement dans l’IA serait un investissement générationnel et permettrait à terme de sécuriser l’avenir du Canada. Si on peut considérer cette stratégie comme un premier pas dans la course à l’IA, on peut néanmoins s’interroger sur l’efficacité concurrentielle de telles mesures, en particulier face aux mastodontes américains comme OpenAI, qui bénéficient de subventions largement supérieures de l’état fédéral américain.
Pierre-Louis Chesseron, Maha Barrak, Marc-Antoine Labrie, Louis-Félix Cloutier



